Rassembler par les mots

Rassembler par les mots
Date : 17 février 2026
Auteur : Annie Lagrandeur

Une langue, ça évolue constamment

En moyenne, le Petit Robert ajoute environ 150 mots par année, excluant les termes créés qui ne sont pas encore reconnus par le dictionnaire. L’apparition d’un nouveau pronom tel que « iel », qui s’inscrit dans la progression d’un discours sur le genre, ne devrait donc pas nous surprendre. Pourtant, le gouvernement québécois vient de bannir plusieurs néologismes du vocabulaire de l’État. C’est jugé trop compliqué et inconfortable. Les doublets abrégés, tels que administrateur/trice, passent eux aussi au couperet. Le point médian, comme dans citoyen·ne, n’a jamais réellement été adopté, sauf dans certains milieux militants. Toutes ces exclusions sont faites dans le but d’assurer des communications gouvernementales cohérentes et de montrer l’exemple en matière de qualité du français.

Chaque époque, ses résistances

Avant l’adoption de la nouvelle orthographe, il fallait écrire « nénuphar » et non « nénufar ». Cette réforme est apparue dans les années 1990 et a été recommandée dans l’enseignement au début des années 2000. Elle vise à simplifier l’écriture sans affaiblir la langue, tout en l’harmonisant. Et que dire de l’apparition du joual à la fin des années 1960 ? Michel Tremblay, l’une des figures littéraires les plus connues au Québec, a créé une véritable révolution. À l’époque, il a été accusé d’appauvrir le français. Rapidement, les « moé », les      « icitte » et les « faque » sont devenus des expressions fondamentales de l’identité québécoise. Si la langue demeurait immuable, nous désignerions encore les anciens monarques français comme étant des « roys » (prononcé roué) au lieu des « rois ». Faire preuve de souplesse permet à notre langage d’évoluer et de s’adapter à de nouvelles réalités. Des mots et des concepts essentiels pour l’avenir peuvent ainsi émerger.

Les débats entourant la transidentité s’inscrivent eux aussi dans cette dynamique de résistance face au changement. Dans des moments de bouleversement social, les positions tendent à se durcir, laissant parfois peu de place aux nuances, à la réflexion ou à l’écoute. Le langage devient alors un champ de bataille symbolique, où chaque mot est scruté et contesté. L’écriture inclusive se retrouve au cœur de ces affrontements, perçue comme une avancée nécessaire ou, à l’inverse, comme une menace. Pourtant, derrière ces débats, il s’agit avant tout des mêmes questions posées auparavant par la nouvelle orthographe ou le joual : comment nommer des réalités émergentes sans nier celles qui existent déjà et quelles solutions avons-nous pour faire évoluer le langage sans le figer dans la peur?

Faire place plutôt qu’effacer

Des pronoms comme « iel », qui unissent le masculin et le féminin, permettent d’inclure plutôt que d’exclure. Les deux genres y sont représentés. Nous avons besoin de ces formulations rassembleuses. Le gouvernement prétend vouloir simplifier les communications en utilisant par défaut le masculin. Dans les faits, ce sont les femmes et les individus non binaires qui sont ainsi oubliés. L’État, sans le vouloir, invisibilise une grande partie de la population québécoise. Ce n’est pas le résultat d’une intention malveillante, mais d’un cadre institutionnel qui privilégie une norme unique au détriment de vécus pluriels. C’est dans cet esprit que, chez Basta communication, nous abordons l’écriture inclusive comme un moyen de mieux refléter les réalités des publics auxquels nous nous adressons. Nous adaptons donc la rédaction à chaque projet.

Le point médian a aussi été proposé comme une solution graphique pour rendre visibles des réalités effacées par l’usage du masculin générique, tout en allégeant l’écriture. Il permet de regrouper en une seule forme les deux genres, offrant ainsi une alternative aux doublets longs et répétitifs. Pour plusieurs, il constitue un outil simple, discret et porteur d’un signal clair : l’inclusion est intentionnelle. Toutefois, cette option n’est pas sans limites. Sa lecture à voix haute peut s’avérer difficile, son accessibilité pose problème pour les lecteurs d’écran et son usage demeure inégalement compris par la population. Bien qu’il soit une alternative utile dans certains contextes, le point médian ne répond pas à lui seul à tous les enjeux.

Créer des ponts et non des murs

Chez Basta communication, nous croyons que les mots sont porteurs de sens. Ils traduisent une vision du monde et le regard que l’on porte sur l’autre. Adopter une écriture inclusive ne relève pas d’une mode ni d’une obligation. C’est une posture réfléchie qui reconnaît la diversité des réalités. Au lieu de simplifier à l’excès, le « iel » et le point médian créent des liens.

Le marketing responsable commence précisément là. Il invite à mesurer l’impact de nos choix et à réfléchir aux effets de nos messages. Il nous oblige aussi à assumer le pouvoir que le langage exerce sur la perception, la représentation et l’appartenance. Pour communiquer de manière éthique, il faut choisir consciemment la voie du dialogue et de la reconnaissance.

Rassembler par les mots, c’est refuser l’effacement en créant des espaces où chacun peut se sentir légitimé. Parce qu’au-delà des règles et des débats, la langue reste l’un des outils les plus puissants pour bâtir une communication humaine, respectueuse et durable.

Article de Radio Canada à consulter : Québec bannit les néologismes comme « iel » du vocabulaire de l’État.

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