Le Baladi : trente ans d’hospitalité marocaine

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Date : 26 mars 2026
Auteur : Annie Lagrandeur — entretien avec Jamal Zerouali et Redouane Qouiyd, propriétaires du restaurant le Baladi

Une table sans frontière

En 1995, une porte s’est ouverte à Sherbrooke et a laissé entrer bien plus que de simples visiteurs. On y a rapidement retrouvé des habitués n’ayant plus besoin de regarder le menu, des étudiants appréciant les prix raisonnables, des familles célébrant un anniversaire et des amoureux en quête d’un repas délicieux.

Le restaurant le Baladi existe depuis plus de trois décennies. Trente années d’assiettes parfumées, de travail acharné et de ténacité.  Cinq ans après être arrivé au Québec de son Maroc natal, M. Jamal Zerouali sentait que la population était prête à découvrir d’autres saveurs. Le centre-ville rassemblait une clientèle variée et friande de nouvelles cuisines. Les plats libano-marocains et méditerranéens ont donc dominé la carte.

Dès les premiers jours, l’achalandage a été au rendez-vous. Les tables se sont remplies et l’adresse est devenue un repère. Les gens reviennent goûter aux gyros, aux brochettes et aux baklavas. Ils amènent des amis et initient leurs enfants à ce lieu unique.

Accueillir comme au Maroc

La culture marocaine est reconnue pour son hospitalité. On reçoit les invités avec un thé à la menthe. On prend d’abord le temps d’échanger, de s’installer et de créer des liens avant de passer au repas. La relation passe avant l’assiette.

Au Baladi, cette tradition est restée intacte. On arrive comme un client, puis on revient comme un ami. Les habitués appellent affectueusement le propriétaire par son prénom : Jamal. Certains aiment venir s’asseoir au restaurant simplement pour prendre le thé, se servant parfois eux-mêmes tant ils se sentent chez eux. L’ambiance est familiale, naturelle et sans prétention.

Jamal explique : « Si une personne fait le premier pas pour venir goûter une cuisine qu’elle ne connaît pas toujours, elle mérite d’être accueillie avec chaleur. »

Dans l’assiette, les saveurs parlent d’elles-mêmes : couscous réconfortants et tajines aromatiques. Les épices sont soigneusement dosées : cari, curcuma, cumin, gingembre, clou de girofle, cannelle et safran. Une cuisine ancrée dans un héritage méditerranéen, accessible à tous. Les portions sont copieuses et rappellent la générosité des hôtes. Plus que pour se rassasier, on pousse la porte du Baladi pour y vivre une véritable expérience. 

Une communauté qui s’épanouit avec le restaurant

L’établissement rassemble toutes les générations. Des élèves des écoles secondaires voisines viennent partager une portion de patates à quatre ou à cinq, faute de moyens. On les laisse s’installer, rire et grandir. Ils deviendront plus tard des réguliers.

Il y a aussi les étudiants, les travailleurs, les familles et les retraités. Tous les âges se croisent dans la salle à manger. Des clients de 1995 sont toujours là en 2026. Certains qui étaient des jeunes adultes à l’ouverture sont aujourd’hui des grands-parents.

Le jeudi, le vendredi et le samedi soir sont les moments de plus forte affluence.  Avant la pandémie, le midi était particulièrement animé. Depuis la COVID et l’arrivée du télétravail, l’heure du dîner est plus calme. Les habitudes ont changé, mais la fidélité demeure.

De l’expérience à la relève

« Endurance », c’est le mot choisi par Jamal pour résumer plus de 30 ans à travailler en restauration. Maintenir un établissement ouvert aussi longtemps demande plus que de bonnes recettes. Il faut de la rigueur, une gestion solide et une présence constante.

Après 12 ans comme employé, M. Redouane Qouiyd, également d’origine marocaine, vient de devenir copropriétaire à part égale avec Jamal. Une transition naturelle, appuyée sur des années de collaboration et une confiance bâtie au quotidien.

Redouane connaît la cuisine du Baladi par cœur : les recettes comme les saveurs. Le volet administratif, plus exigeant, représente pour lui un nouvel apprentissage. Mais le disciple peut compter sur l’expérience de son mentor. Beaucoup de clients pensent qu’ils sont père et fils. Peut-être parce que leur lien ressemble à celui de membres d’une même famille ? Quant à la retraite de Jamal, elle s’envisage tranquillement. Peut-être par une diminution progressive des heures. L’attachement au lieu est palpable.

Quand on leur demande quel est leur plus grand accomplissement avec le restaurant, Jamal souligne les sourires des clients et la communauté qu’il a su bâtir autour de son établissement. Redouane parle avec enthousiasme du festival gourmand Bouffe ton Centro. Le kiosque du Baladi attire souvent l’une des plus longues files d’attente, malgré un service très rapide. Pour les deux copropriétaires, voir autant de gens patienter pour goûter leur cuisine est une grande source de motivation.

Un commerce ancré au cœur du centre-ville

Depuis l’ouverture du Baladi, Jamal a vu le quartier évoluer. Pour lui, le centre-ville est le cœur de chaque municipalité. Il y aura toujours du monde pour le visiter. Celui de Sherbrooke compte plusieurs restaurants. Les deux copropriétaires ne les considèrent pas comme des concurrents, mais comme des alliés. Les clients essaient l’un, puis l’autre. Il y a de la place pour tous. Quand un établissement ferme, c’est une tristesse partagée.

Malgré les nombreux enjeux, les copropriétaires demeurent positifs. Ils sentent une écoute municipale. Ils se réjouissent que le stationnement sera prochainement gratuit après 18 h. Ils espèrent d’autres ajustements qui faciliteront davantage l’accès aux commerces. Pour eux, les routes doivent rester à double sens.

Des vœux pour l’avenir

Le plus grand souhait de Jamal est que le Baladi devienne un jour centenaire. Redouane, pour sa part, espère que l’établissement continue d’attirer les jeunes.

Trente ans plus tard, le Baladi n’est pas seulement un restaurant marocain. C’est un repère. Un espace d’accueil. Un trait d’union entre les générations.

Et tant que le thé continuera d’y être servi avec le sourire, les clients se délecteront d’une bonne cuisine pour les décennies à venir.

Le Baladi
123 Rue Wellington Nord, à Sherbrooke.

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