Le Petit Hôtel ou l’art de refaire le monde

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Date : 21 avril 2026
Auteur : Annie Lagrandeur — entretien avec Cathy L Charpentier et Félix Boudreault, actrice et acteur du Petit Hôtel

Un carrefour de rencontre

À quelques pas de l’hôtel de ville de Sherbrooke, dans un bâtiment centenaire, le Petit Hôtel s’est installé avec simplicité grâce à la participation de citoyens engagés.

Au centre du local se dresse une grande table fabriquée à partir de vieilles portes de l’ancien Hôtel Wellington. Autour, les gens discutent, écoutent et débattent. Mais au-delà du lieu, c’est l’intention qui donne tout son sens à cette initiative. Sur le site internet, ce souhait est formulé clairement : « Un espace animé par et pour les citoyennes et citoyens de Sherbrooke : le Petit Hôtel est une lettre d’amour aux gens d’ici, à notre communauté. » Cette phrase n’est pas un slogan, mais plutôt un point de départ.

Les événements qui s’y déroulent prennent forme au gré des idées : cafés philo, ateliers d’information, expositions temporaires ou rencontres spontanées comme « Moment de silence ». Il est possible d’y venir pour écouter, partager ou simplement être présent. La programmation évolue constamment et peut être consultée en ligne.

Les activités y sont gratuites et ouvertes à tous. Elles reposent sur un principe de civisme simple : chacun prend soin du local et des autres. Tous sont invités à laisser l’endroit dans un meilleur état qu’à leur arrivée, car cette agora appartient à celles et ceux qui la font vivre. 

Une fabrique d’innovations sociales

Le Petit Hôtel est né d’une réflexion portée notamment par les membres de la coopérative Niska, dont fait partie M. Félix Boudreault. Un constat est ressorti : les espaces démocratiques où les citoyens peuvent se retrouver sur un pied d’égalité se font rares (le milieu municipal étant limité par sa hiérarchie).

Au lieu de se verser une ristourne sur les profits engendrés par le regroupement, les participants ont plutôt décidé d’investir dans la collectivité en finançant un local où tous peuvent se réunir, peu importe leurs opinions ou leur allégeance politique.

Le projet ne cherche pas à reproduire un modèle existant. Il s’apparente davantage au parvis d’une église : un lieu de rassemblement propice aux discussions libres, sans protocole.   « Le Petit Hôtel n’est pas un organisme ou un service. C’est une fabrique d’innovations sociales », résume Félix. Cette distinction fondamentale permet de sortir des logiques habituelles où l’on vient consommer ou répondre à un besoin précis, pour offrir un endroit où l’on peut simplement échanger avec les autres. Le but est d’encourager le leadership citoyen en développant la co-responsabilité de chacun. Une personne qui assiste à un événement peut aisément devenir l’organisatrice de la prochaine rencontre.

Mme Cathy L Charpentier, travailleuse en milieu social, parle pour sa part d’un « lieu des possibles », qu’elle décrit comme un véritable laboratoire d’expérimentation citoyenne. Pour elle, le Petit Hôtel offre un environnement rare, où les idées peuvent émerger librement, sans structure rigide.

Ici, une conversation peut naître spontanément et une pensée peut exister simplement parce que quelqu’un a décidé de la partager. Certaines prennent racine, d’autres passent, mais toutes contribuent à animer l’espace.

Un espace autogéré

Le fonctionnement du Petit Hôtel repose sur une idée centrale : le lieu appartient à celles et ceux qui le fréquentent. Sa vitalité dépend directement de leur engagement. Les visiteurs ne restent pas des spectateurs, mais deviennent des acteurs. Les activités offertes ne sont pas « clé en main ». Elles existent parce que des personnes choisissent de les proposer, de les organiser et de les animer.

Il en va de même pour la gestion et l’administration. Félix nous confie que l’autogestion n’est ni simple ni confortable, et comporte son lot de zones floues. Si personne ne peut prétendre parler au nom du Petit Hôtel, chacun a la légitimité de s’en faire le porte-parole.

Ce choix de ne pas structurer excessivement le projet est pleinement assumé, mais il vient avec ses propres défis. Cette souplesse permet une grande liberté et favorise la créativité. Cependant, la pérennité de l’endroit dépend de l’implication de tous. Sans engagement et financement, tout cesse d’exister.

Dans cette perspective, la notion même de civisme prend une autre dimension. Comme Félix le souligne, être citoyen, ce n’est pas juste voter. Grâce au Petit Hôtel, il espère responsabiliser les Sherbrookoises et les Sherbrookois. Fini les simples doléances, il importe désormais d’agir. À travers les différents échanges avec les membres de la communauté, Félix a néanmoins remarqué que la colère se transforme souvent en espoir, en douceur et en empathie.

Une rencontre qui s’est déroulée récemment en compagnie de Vincent Boutin et de Geneviève Larouche portait sur ce que représente le rôle d’élu·e à Sherbrooke. À la fin de l’événement, les participants étaient émus aux larmes. Cette activité, qui pourrait sembler politique, a plutôt laissé place au côté humain.

Cette gouvernance partagée se traduit également par une multitude de gestes concrets, mais significatifs. Près de la grande table, une liste de besoins est affichée à la vue de tous. Aucune contribution n’est exigée, mais les gens répondent présents. Ils apportent des jeux de société, remplissent le frigo et amènent différents objets qui manquent au local.

Parfois, cette appropriation prend des formes encore plus simples, mais tout aussi révélatrices. Lors de l’ouverture, quelqu’un a collé un billet de 5 $ sur une plante du local. Trois mois plus tard, celui-ci est toujours là. Personne ne l’a pris. Ce geste humoristique en apparence en dit long sur la solidarité qui est en train de se construire entre ces quatre murs.

Un catalyseur de relations

L’un des effets les plus marquants du Petit Hôtel se manifeste en dehors même du bâtiment. Les conversations n’y restent pas confinées. Cathy en a fait l’expérience lorsqu’elle a recroisé, à la librairie Appalaches, une citoyenne ayant participé à un échange où le sentiment de découragement avait pris le dessus. Les deux femmes se sont reconnues et ont pris le temps de discuter à nouveau, visiblement heureuses de prolonger cette rencontre dans un autre contexte.

Cette situation peut sembler anodine, mais elle révèle quelque chose d’essentiel : des liens se créent et persistent. Le Petit Hôtel agit comme un catalyseur de relations, un point de départ plutôt qu’un seul lieu de passage.

Ici, les paroles ne visent pas à convaincre ni à imposer une opinion. Elles permettent plutôt l’écoute, même en présence de désaccords. Les gens se parlent et se comprennent avec une sensibilité empreinte de respect.

Contrairement à l’impression dominante, Félix croit que la société n’est peut-être pas aussi polarisée : « Nous sommes plus proches les uns des autres que nous le pensons. » Le Petit Hôtel devient alors un terrain où cette proximité peut se révéler.

Pour Félix, le rêve serait d’avoir un espace avec un animateur en résidence pour aider les groupes et soutenir les démarches citoyennes. Idéalement, l’endroit servirait à organiser des consultations publiques et à travailler en partenariat avec la ville. Cathy, qui se décrit comme une rêveuse pragmatique, espère que toute cette mobilisation permettra « d’accoucher » de quelque chose.

Même s’il ne se définit pas comme un milieu d’activisme, le Petit Hôtel participe à une réflexion sur la vie collective. « Ce n’est pas un espace militant, mais ça peut le devenir », nuance Félix. « Le projet a des dents », ajoute-t-il, pour rappeler que le dialogue peut aussi être porteur de transformation. 

Un milieu de partage

Dans un monde où les lieux sont souvent structurés autour de la performance, de l’efficacité ou de la consommation, le Petit Hôtel propose une autre logique. Il offre un cadre où l’essentiel réside dans ce qui est partagé. Ce type d’initiative reste rare, et c’est peut-être ce qui lui donne toute son importance.

Le projet n’est pas terminé ; il évolue au rythme des gens et des idées qui émergent. Sa forme actuelle n’est pas définitive, et c’est précisément ce qui en fait sa richesse. Cet espace appartient à celles et ceux qui le font vivre. Il est ouvert à quiconque souhaite s’y engager. Toutes les Sherbrookoises et tous les Sherbrookois sont membres du Petit Hôtel.

 

Le Petit Hôtel
129 rue Frontenac, à Sherbrooke.

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